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L’axe d’une éthique ?

L'éthique schweitzerienne qui se condense dans la formule du "respect pour la vie" n'est donc pas si simple à exposer et à justifier. Si, elle est simple, élémentaire, facile à saisir et comme telle destinée à la banalisation, mais en profondeur, lorsqu'on s'efforce de répondre aux objections qui se présentent inévitablement, elle s'avère complexe, elle est métaphysique, elle touche aux confins de la pensée humaine, elle dépasse son expérience. La plupart des commentateurs notent qu'elle relève d'une intuition, que cette intuition est mystique, quasi mystique, et qu'elle est donc (cette éthique du respect pour la vie, dans la formulation radicale que son auteur lui a donnée) fondamentalement irrationnelle. Ainsi croient-ils la disqualifier ou du moins la relativiser et en souligner les limites. Il n'est pas faux de dire qu'il s'agit d'une intuition singulière et première, si l'on veut, première dans une biographie, mais n'oublions pas qu'il s'agit également d'une proposition issue d'un raisonnement, en accord, et elle seule, avec la raison. La proposition contraire (qui dirait que nous n'avons nullement à respecter la vie, les vies autour de nous, et que nous pouvons en disposer à notre guise, à l'envi, en n'affirmant sans frein que notre volonté de puissance), cette proposition-là ne saurait être soutenue logiquement ou raisonnablement, elle ne saurait être érigée en règle universelle, elle est vicieuse, car celui qui l'avance ne tient pas compte de l'équation primitive, qu'il est un vivant qui veut vivre "comme" les autres veulent vivre...

Alors qu'une intuition est aléatoire, qu'on l'a ou qu'on ne l'a pas et qu'on ne peut la ravoir à volonté, l'avantage d'un raisonnement, c'est qu'en principe il peut être refait par n'importe qui, à n'importe quel moment. On ne saurait trop insister là-dessus, en ce qui concerne l'éthique schweitzerienne, l'éthique qui s'exprime dans l'idée du respect pour la vie. Schweitzer n'a pas cessé, jusque dans ses derniers textes, de revenir à la charge en répétant que le principe de son éthique était "denknotwendig", une nécessité de la pensée réfléchie, et en même temps ou par ailleurs (mais pas seulement) un sentiment, un élan du coeur. Nous savons cependant que ni le sentiment seul ni le raisonnement seul ne suffisent à obtenir de la personne qu'elle s'engage en conséquence et entièrement. Cela est alors l'histoire de chacun. On y perd ou on gagne. Rares ceux qui auront autant "gagné" que Schweitzer.

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